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La Roche Maurice et les seigneurs du Léon


A 10 heures les participants réunis devant l’église de Saint Thomas de Landerneau . prennent la direction de la salle de Toull Kog où se tient une exposition sur l’histoire de Landerneau.

Les premiers panneaux concernent Hervé de Léon et son écrit de 1206 dans lequel il déclare qu’il était présent lorsque les moines reçurent la relique insigne, le crâne de Saint Mathieu. C’est un texte important pour Landerneau , le premier document rédigé dans cette ville.

La suite de l’exposition présente les étapes du développement de la ville ,l’action des seigneurs de Léon puis des Rohan et enfin des activités d’époque moderne : imprimerie en particulier jusqu’à la création des organismes agricoles regroupés dans l’Office Central.

LA ROCHE MAURICE ET LES SEIGNEURS DE LEON

Le site d’implantation du château est un éperon rocheux au confluent des vallées encaissées de l’Elorn et du Morbic. Le socle rocheux et les ruines de la forteresse forment un ensemble qui saisit le visiteur engagé dans la montée vers le bourg.

Les fouilles en cours permettront une datation plus assurée des différentes parties de l’édifice construit à l’époque féodale. Morvan, vicomte du Faou fut sans doute le premier constructeur de la forteresse qui devint par la suite une des propriétés de la famille de Léon jusqu’au décès d’ Hervé VIII en 1363, puis une possession de la famille de Rohan. Ce qui suit s’inspire de l’article très documenté de Patrick Kernévez et Frédéric Morvan : Généalogie des Hervé de Léon ( vers 1180-1363) dans BSAF 2002 p 279 et suivantes.

A la suite de la révolte de Guyomrc’h IV contre Henri II Plantagenêt, les possessions des vicomtes de Léon sont divisées en deux. La branche aînée conserve les terres du littoral avec Lesneven, Brest, Saint-Renan et Le Conquet. Hervé I, à l’origine de la branche cadette, reçoit Landerneau, Landivisiau, Coat-Méal et des terres en Cornouaille. Ses successeurs y ajouteront des seigneuries dans le Perche et en Normandie.

Les Chroniques de l’époque féodale permettent de suivre quelques épisodes de la vie de ces Hervé de Léon qui vécurent à La Roche-Maurice ou dans un de leurs autres chateaux.
Citons la participation d’Hervé II à 5e croisade ( il meurt au retour en 12I9), des combats en Flandres aux côté du roi de France, la guerre de Succession de Bretagne, la guerre de Cent ans, sans oublier les conflits locaux avec des vassaux.

Les membres de la famille de Léon ont aussi des préoccupations religieuses Ils font des donations à plusieurs abbayes de leur domaine : à Daoulas, qui est la nécropole habituelle des seigneurs de Léon, à La Fontaine Guérard en Normandie, où seront inhumés Hervé IV, Hervé V et Hervé VI, et à l’abbaye de Langonnet.

L’abbaye de Saint-Mathieu est mentionnée à plusieurs reprises : en 1206, Hervé II dit qu’il était présent lorsque l’abbaye reçut la relique insigne de Saint Mathieu. A cette occasion il fait un don aux moines. Cette donation est confirmée et complétée en 1228 par Hervé III. En 1332 une lettre d’association témoigne de la reconnaissance des moines à l’égard d’ Hervé VI et de sa famille. Il est chaque fois question de faire prier « pour le salut de l’ âme ( de Hervé )et de celles de ses ancêtres et descendants

Quelques rares mentions citent La Roche-Maurice où en 1336 Hervé VI donne des fêtes brillantes. Une note sur la bible des seigneurs de Léon nous apprend qu’Hervé VIII est né dans ce château. Au décès d’Hervé VIII, en1363, les terres de Léon passent dans les mains de Jeanne de Léon sœur aînée d’Hervé qui a épousé Jean de Rohan en 1349.

LA MARTYRE

A quelques kilomètres du château de la Roche Maurice se situe la Martyre, dont l’église, plusieurs fois remaniée, porte les marques d’une longue histoire architecturale, et reflète la prospérité ancienne de la bourgade.

Le nom même de La Martyre demande une explication. Voici ce qu’en dit B Tanguy dans son Dictionnaire des communes, trêves et paroisses du Finistère, édition du Chasse-Marée 1990 :

« Ce nom, traduction du breton Ar Merzer, de martyrium, désignerait le lieu où Salomon, roi de Bretagne, aurait été assassiné en 874 ( Salomon avait lui-même tué Erispoé en 857)

L’église anciennement dédiée à Notre-Dame devint le centre d’un pèlerinage dédié à saint Salomon et le centre d’une grande foire qui se tenait en juillet »

L’étude de M. Fons de Kort sur l’église de la Martyre nous sert de guide.

L’aspect extérieur

Chaque siècle a apporté sa marque à l’édifice et parfois son joyau qui s’intègre à l’ensemble.

Du XI e siècle il reste la partie basse du clocher-porche avec ses figures romanes, la tour carrée, sa porte basse, les gros contre-forts. C’est l’époque des seigneurs de Léon, fiers de leur indépendance, défenseurs de leurs terres, de leur frontière.

Les XII e et XIII e siècles voient la continuation de la tour avec un encorbellement et des contreforts peu saillants. De cette époque il reste également une partie du mur sud de l’église Vers la fin de cette période vivait Hervé V de Léon, mort en 1304 .Il fut protecteur de l’église de La Martyre.

Du XIV e siècle date la construction de l’enclos fortifié édifié par Hervé VII de Léon vers 1337. Il servait de poste de guet et de lieu de rassemblement au seigneur de la Roche-Maurice qui devait entretenir une troupe de cent hommes et chevaux.

C’est dans l’Eglise de cette époque que fut célébré en 1349 le mariage de Jeanne de Léon, fille d’Hervé VII et de Marguerite d’Avaugour , avec Jean, vicomte de Rohan.( La chapelle proche du château de la Roche-Maurice était trop petite pour cette importante cérémonie)

La partie supérieure du clocher, construite en pierres de grand module appartient à la période gothique, sans doute de la fin du XIV e ou du début du XVe siècle : fenêtres lancettes encadrées de nombreuses colonnettes, balustrade à arcatures trilobées, flèche octogonale d’allure normande.

Le porche

« Une tempête ayant détruit partiellement l’église en 1450 on entreprend dans les années qui suivent, la reconstruction du chevet. On rehausse les arcades de la nef et on modifie la voûte. C’est en fin de cette campagne que fut construit le porche latéral donnant au midi. Sculpté en fine pierre de kersanton, c’est sans conteste l’œuvre de l’atelier de N-D du Folgoët où, de 1423 à 1460 , cette pierre fut utilisée pour la première fois. C’est le premier des grands porches du Léon Il est remarquable par la finesse des statuettes qui ornent ses pieds-droits et ses voussures. »

Le porche est comme une « page ouverte du plus beau manuscrit ». Construit vers 1460, il présente des scènes de l’Evangile, de l’Annonciation au massacre des Innocents, tandis qu’une Nativité occupe tout le tympan. Des anges rendent hommage au nouveau-né ou présentent les blasons de familles nobles concernées par les travaux de l’église et particulièrement par le porche. Signalons en particulier : au n° 1 le duc Jean V, au n° 2 , la famille de Kersauzon . Au n° 3 la famille du Châtel ( Isabeau du Châtel- Trémazan était l’ épouse de Guillaume 1er de Kersauzon) Au n° 6 , le lion de la famille de Léon, Au 7 les mâcles de Rohan. Ces deux blasons sont bien en vue au centre du porche.

« L’intérieur du porche est vaste, [...] Cinq seulement des douze apôtres sont reconnaissables à leur attribut . Saint Pierre avec sa clef, Saint Paul avec son épée, saint Barthélemy avec le couteau, saint André avec sa croix, saint Jacques tenant son bâton de pèlerin et coiffé d’un chapeau à larges bords timbré d’une coquille. »

Au-dessus des portes figurent les armoiries des seigneurs de Léon et de Rohan, Blasons qui non seulement étaient peints mais ornés de pierreries. « Sur la clé de voûte le lion morné de sable des comtes de Léon. Comme l’extérieur, l’intérieur du porche était peint entièrement et décoré de dessins géométriques de couleurs vives ».

L’abside

« A l’est l’église se termine par une abside polygonale à noues multiples remplaçant un chevet plat. Cette disposition très gracieuse et originale qui permet l’éclairage du maître-autel par les côtés fut inaugurée par l’atelier de Philippe Beaumanoir [...] des contreforts [ ] encadrent de hautes baies couronnées de frontons aigus terminés par des statues ». L’abside a été construite vers 1535, date du vitrail. L’ossuaire L’ossuaire si finement sculpté, accoté au porche de l’église date de 1619. Si, dans l’ensemble, sa façade ressemble à celle des porche du Léon, elle s’en distingue par l’équilibre parfait de sa composition et par la pureté de ses lignes. Construit en kersanton [.. ] il est l’œuvre de l’atelier de l’Elorn. Au fronton une belle niche abrite une statue de saint Pol de Léon qui tient en laisse le dragon.

La sacristie

Construite de 1697 à 1699, elle avait pour fonction de conserver le trésor (vases sacrés et reliquaire) ainsi que les ornements liturgiques. Les pièces principales étaient : la chasse en argent de saint Salomon, du XVIe siècle, une statue en argent de l’Enfant-Jésus (1667), un calice du XVIIe. L’importance des foires L’enrichissement au cours des siècles de l’architecture, de la statuaire et des pièces d’orfèvrerie s’explique par la fréquentation du lieu de pèlerinage et par le grand développement de la foire.

En 1423 le duc Jean V fait don à l’église de la Martyre des droits d’applacements et de taxes qu’il levait de tout temps sur les marchands qui venaient débiter vins et breuvages et étalaient marchandises aux foires et assemblées qui se tenaient au bourg. Le 12 mai 1431 le duc accorde des lettres de franchise d’impôt sur le vin pour l’augmentation de N D du Merzer. En l’an1560 Charles IX accorda confirmation de cette foire et création de deux nouvelles, l’une qui commence le jour de St Marc et l’autre 8 jours après la fête du Saint-Sacrement. Elles sont encore confirmées par Henri IV en 1607.

Ces foires célèbres provoquaient une affluence de marchands et d’artistes de tous les pays de l’Occident. Ils vendaient soieries, orfèvreries, draps, gravures chevaux et bestiaux de toutes sortes. Une richesse formidable en résultait, rien n’était trop beau pour l’église.

Les vitraux

Vu l’importance du sanctuaire, toutes les fenêtres devaient être garnies de vitraux historiés. Une peinture sur verre de première importance [...] nous est parvenue en partie. C’est la crucifixion dans l’abside. M de Kort y lit « JOST » et la date 1535 . Il s’agit de Jost de Negker, artiste d’origine flamande qui a laissé une œuvre considérable. Le vitrail fut importé en Bretagne, sans doute par le canal de la foire de la Martyre, Le vitrail est une œuvre remarquable. Les visages, les armures les décors des costumes sont d’une précision extrême. Les couleurs sont variées et chaudes. C’est une œuvre -maîtresse. Elle a servi de modèle, en entier ou en partie, à de nombreuses Passions dans le Finistère entre 1539 et 1650. Sont du même artiste, à gauche de la crucifixion et en haut de la fenêtre, le baiser de Judas et la prière au jardin des oliviers et, en bas du vitrail les portraits du donateur et de la donatrice : sans doute Pierre de Rohan Fontenay, tué à Pavie en 1525 et Anne de Rohan de Léon, dame d’honneur de la duchesse Anne

Le décor de l’église Beaucoup d’éléments proviennent des anciens retables de l’église. Signalons un bas-relief montrant l’assassinat du roi Salomon, agenouillé devant un autel. Une statue représente le même saint. Il reste une partie du chancel, clôture du chœur, beau travail en kersanton.

Le baptistère : un baldaquin de chêne surmonte une cuve en granit. Au-dessus du premier lanternon on lit : Yvo Nicolas et C Maubian fabricq ont fait faire ce tabernacle par mre (messire) ian moing l’an 1635..

L’église comporte six bénitiers. Les plus récents, de 1601 et de 1681 sont accompagnés d’inscriptions indiquant les auteurs ou les responsables.

Une sablière sculptée longe tout le mur nord de l’église. Elle combine des scènes de la vie rurale ou villageoise et des décors de la renaissance. C’est une des sablières les plus anciennes du Léon. Elle a inspiré bon nombre de sablières de la région.

M de Kort mentionne 9 orfèvres ayant travaillé pour La Martyre et, de même, 15 organistes ou facteurs d’orgue.

LA FOIRE DE LA MARTYRE

Divers actes permettent de dire que la création de la foire doit se situer vers la fin du XIVe siècle . C’est au moment où la Martyre passe de l’autorité des seigneurs de Léon à celle des Rohan.

Les premiers, soldats dans l’âme, se sont illustrés sur tous les champs de bataille, aux Croisades, à Bouvines, en Flandre ou pendant la guerre de Succession de Bretagne.

Les seconds font partie d’une famille occupant des postes administratifs près du pouvoir ducal. Quoi d’étonnant à ce que Jehan I de Rohan, chancelier de Bretagne, qui hérite à la mort de son beau-frère Hervé VIII de Léon , en 1363, de l’ensemble du Guet de la Martyre, ait su profiter de ses bonnes relations et d’une infrastructure toute prête pour y créer une foire, juste au moment où la Bretagne prend place dans un ensemble commercial nouveau. Il a compris l’intérêt d’un marché lié à un véritable réseau maritime, plus rentable et plus sûr que le transport sur terre.
Au décès de la mère de sa femme, Marguerite d’Avaugour, en 1372, Jehan I de Rohan devient seigneur de la forteresse de la Roche-Maurice qu’en un premier temps la famille de Rohan entretient et agrandit afin d’asseoir son autorité sur la région.
Le grand nombre de pièces d’argent trouvées près de l’église de la Martyre en 1839 et en 1866 et frappées au nom de divers princes confirme qu’il y avait, dans cette localité, au Moyen-Age un trafic important.

Le champ de foire s’agrandit pour atteindre 28 hectares au XVII e siècle. De nombreux témoignages confirment le caractère international de la foire. Exemple celui de François le Déouguet, marchand de Landerneau : « Il se rend un grand nombre de marchands tant de Paris , Lyon, Rouen, Tours et autres villes du royaume que d’ailleurs comme d’Irlande, des Flandres, et d’Angleterre ».
On y trouve trois galeries parallèles, sorte de halles d’une superficie de 392 m2. Le champ de foire comporte aussi des caves souterraines pour permettre le stockage des marchandises.

En Bretagne, comme dans tout l’Occident, les villes, les manoirs, les églises et les chapelles se multiplient, rivalisent entre elles et sont gourmandes de mobilier, de tapis, de peintures, de vaisselle, de tentures, de retables, de livres, d’orfèvrerie, de gravures.
La Martyre est à la fois un lieu de pèlerinage et un lieu de rencontre de marchands venant des quatre coins de l’Europe. L’église est aussi la plus prestigieuse « affiche publicitaire » qui soit, introduisant dans l’extrême ouest les règles et les modes nouvelles.

La foire connaît un regain d’activité pendant le XIXe siècle et au début du XXe . Il y vient jusqu’à 5000 chevaux qui sont placés à l’ombre d’un bois. Une immense plaine permet de faire l’essai des bêtes que l’on marchande.

La journée se termine par une visite à la Maison de la Rivière près de Sizun. L’endroit est très harmonieux, l’eau coule sous les arbres. Dans la maison elle-même, de multiples décors montrent les animaux des cours d’eau dans leurs habitats reconstitués.