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Les dépendances de l’abbaye dans la vallée de l’Elorn


Sortie historique du 8 août 1996

C’est la troisième sortie historique de l’association. Son objet : la visite des dépendances de l’abbaye dans la vallée de l’Elorn Le trajet

A 10 H, 24 personnes se retrouvent devant l’église de la Forêt-Landerneau, ancien prieuré-cure dépendant de l’abbaye.

Le plan cadastral de 1827, que chacun a entre les mains, montre que de grands changements sont intervenus au sud de l’église : construction d’une importante mairie, d’une aire de stationnement etc...

L’église de style néo-roman, fort bien entretenue, date de 1867.C’est la troisième église connue, au même emplacement. En effet une Recherche sur la paroisse de la Forêt, non signée, réalisée en 1856, nous apprend que c’est M. l’abbé Labous, recteur de 1754 à 1773, qui fit détruire une église ancienne et construire celle qui existait au siècle dernier. L’auteur de la notice ne dit pas grand bien de cet édifice du XVIIIème siècle " qui n’appartient à aucun genre d’architecture... et dans lequel on n’a pas su utiliser les importantes ornementations que devait posséder l’ancien...on ne trouve qu’un misérable clocheton au lieu d’un clocher pyramidal...etc..." Il faut pourtant remarquer que le porche "classique" à fronton triangulaire, remonté à l’entrée d’une propriété et la porte surbaissée d’une maison voisine, constituent de "beaux restes" de cette église du XVIIIème siècle. Certains objets se trouvant dans l’église actuelle proviennent d’une église plus ancienne encore : les fonds-baptismaux de 1603, un banc de 1660, la chaire de 1714. Un tableau placé au-dessus de la porte de la sacristie évoque un édifice gothique des XIII-XIV. Ainsi retrouve-t-on, en remontant le temps, l’église dans laquelle des Bénédictins dépendant de Saint-Mathieu ont prié . Le presbytère actuel est vraisemblablement le prieuré-cure d’avant la Révolution. Deux fermes proches portent les noms de Keramanac’h bras et Keramanac’h bihan ( grand et petit village du moine ou des moines ).

Le presbytère de la Forêt-Landerneau

Un document de 1332 provenant des archives de Blein et publié par Dom Morice (Preuves, Tome I, colonnes 1361-1362) concerne particulièrement le prieuré de Goelot-Forest : L’abbé Guillaume Ier de Kerlec’h, voulant exprimer sa gratitude et celle des moines de Saint-Mathieu envers Hervé de Léon, Sire de Noyon, et envers sa famille, bienfaitrice de l’abbaye et du prieuré, s’engage à assurer, "par nous-mêmes et par nos successeurs, la célébration perpétuelle chaque semaine de trois messes. (Le texte entier se trouve dans les Actes du colloque Saint Mathieu de Fine-Terre, page 347). Vouloir remonter plus avant dans l’histoire imposerait d’autres recherches. L’existence du prieuré-cure semble liée à celle du château de Joyeuse-garde et à la famille de Léon. Goélot-Forest fut un prieuré régulier, habité par des moines sans doute jusque dans le courant du XVIème siècle car dit l’auteur de la notice

" il n’a pas été possible de remonter au delà du tout début du XVIIème siècle pour trouver un prêtre séculier exerçant la fonction de vicaire ou curé".

Le prieuré est alors en commende. A la fin du XVIIème siècle le prieur commendataire est Hervé de la Palue, docteur en droit, protonotaire apostolique, recteur de Plouguerneau. Il est " décimateur" c’est à dire perçoit les bénéfices du prieuré sans avoir la charge spirituelle de la paroisse. L’évêque de Léon a droit de proposition du desservant, dont l’abbé de Saint -Mathieu -ou le prieur claustral- a la nomination. Les desservants, recteurs et vicaires perçoivent la portion congrue, les honoraires de messes et le casuel liés à leur ministère.

Le château de Joyeuse-garde

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Joyeuse Garde

Les ruines à demi enfouies dans la végétation ne rendent qu’imparfaitement compte de l’importance qu’eut cette forteresse des comtes de Léon.

Plan du château (cadastre de 1827)

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Extrait cadastral

Le plan cadastral de 1827 en montre l’emplacement . Des fouilles menées en 1968 et les années suivantes par Mademoiselle Marie-Claude des Déserts et une équipe de jeunes ont mis au jour les vestiges que l’on voit aujourd’hui. La plus ancienne monnaie trouvée est un penny d’Alexandre III d’Ecosse ( 1280-1286) c-r de fouilles, BSAF 1970. Ce chateau n’est pas le premier semble-t-il car des parcelles portant les noms de :"la motte, parc ar vouden (la motte en breton) remontent à une époque antérieure. La motte féodale contrôlait le chemin vers Brest et le chemin descendant vers la rive de l’Elorn. Est-ce pour cela qu’un ancien dicton déclare que :

"Pa n’oa kastell é neb leac’h, Oa kastell aman en é leac’h" ?

(Alors qu’il n’y avait château en nul lieu, Il y avait château ici en son lieu.) Jehan Bazin, BSAF 1968 Des constructions récentes dans la bourgade ont modifié les lieux et l’emplacement de la route. Il faudrait imaginer des chevaliers s’élançant rapidement sur les chemins par lesquels surgissait l’ennemi. Il serait trop long de relater ici " la double auréole de légendes" de Joyeuse Garde ( celle de Saint Ténénan et celle des chevaliers du roi Arthur). (On peut se reporter à l’étude de J Bazin dans le BSAF de 1968). Nous laissons La Forêt et Joyeuse Garde à leur mystère et nous dirigeons vers Landerneau.

Le manoir de la Grande-Palue

J Bazin décritce manoir ... une demeure seigneuriale du XVème siècle qui présente sa façade en équerre au midi et à l’est...

...Tout autour du manoir et s’étendant fort loin, prés, champs, prairies, taillis et bois de haute futaie, sans compter jardins et vergers...Tout autour du manoir et s’étendant fort loin, prés, champs, prairies, taillis et bois de haute futaie, sans compter jardins et vergers

...Tout autour du manoir et s’étendant fort loin, prés, champs, prairies, taillis et bois de haute futaie, sans compter jardins et vergers.

(Landerneau, ancienne capitale de la principauté de Léon p 224-225 Sur l’ancien moulin, au bord de l’Elorn, s’est établie la S.O.B.A.L.G. Désormais le manoir est enserré de constructions industrielles diverses. Le site est totalement défiguré. C’est pourtant dans ce manoir que vécurent les seigneurs de la Palue, ramage de la famille de Léon, dont ils portaient les armes :"d’or au lion de sable " brisé en chef d’un lambel de gueules". Peut-on faire un rapprochement entre cette famille et les abbés qui aux XIII et au début du XIVème siècles eurent en charge l’abbaye : Yves de la Palue, autre Yves de la Palue, Even, un neveu, autre Yves de la Palue ? ( P Levot p:50) C’est le successeur de ce dernier abbé, Guillaume Ier de Kerlec’h, qui intervient dans l’acte de 1332 concernant le prieuré de Goëlo-Forêt et la reconnaissance des moines envers la famille de Léon..

La Petite Palue

Un coup d’oeil rapide à l’ancien manoir des Guyomarc’h. Du XVème siècle, il reste la belle porte gothique. Le manoir lui-même fut remanié au XVIIème siècle. Vers 1450, La fille d’Hervé Guyomarc’h, Jeanne, épousa Olivier, seigneur de la Grande Palue. Les deux seigneuries se trouvèrent réunies dans les mêmes main écrit J Bazin. Pour la suite de l’histoire on peut se reporter à l’œuvre déjà citée de cet auteur p 191 et 192. Notons au passage que Françoise, fille d’Olivier et de Jeanne épousa vers 1520, Troïlus de Montdragon, dont le tombeau se trouvait dans l’église de Beuzit-Conogan ( tombeau remarquable actuellement déposé au Musée départemental de Quimper).

Jeanne de Montdragon, fille des précédents, épousa F. de Montmorency. Ces derniers vendirent la Grande Palue aux de Parcevaux... Françoise de Parcevaux, fille d’Hervé épousa en 1627, René Barbier marquis de Kerjean...

Souvenons-nous d’Hamon Barbier, qui fut abbé commendataire de l’abbaye de 1533 à 1552. A chaque pas l’histoire nous rejoint. De 1824 à 1830 la Grande Palue fut propriété de Philippe Julien de Roujoux (de Keralan )qui acheta La Petite Palue en 1833. Ce manoir passa ensuite à sa fille Herveline, épouse Lemonnier. Ces noms diront quelque chose aux Plougonvelinois. Le manoir est aujourd’hui en bordure de lazone industrielle du Bois noir...

Clocher de Beuzit-Conogan

Beuzit-Conogan

C’est un lieu dont l’histoire est complexe. Le terme Beuzit, du latin buxitum : lieu planté de buis souvent révélateur de la présence romaine (B Tanguy, Dictionnaire des noms des communes et paroisses du Finistère). Une voie romaine venant de Quimper traversait Landerneau puis se dirigeait soit vers Kerilien soit vers Brest. Selon J Bazin, dans son ouvrage sur Landerneau, des tuiles, poteries et monnaies romaines ont été trouvées dans plusieurs villages à l’ouest de Landerneau villages situés de part et d’autre de l’actuelle route de Saint-Thonan ( L’un de ces villages se nomme Pors-Mahé).

Conogan

Ce serait le fondateur du premier ermitage établi en ce lieu au Vème siècle. Le nom même de Conogan présente bien des variantes, dont Guénégan, Guennoc etc... Dans sa Vie des saints de la Bretagne Armorique Albert Le Grand le présente comme un fils cadet d’un seigneur de la Palue (ce qui serait- écrit A-Y Bourgès- une fable généalogique du début du XVIème siècle ) Un seigneur de la Palue est reconnu fondateur de l’église de Beuzit. Par la suite le saint ermite serait devenu le successeur de saint Corentin à l’évêché de Quimper. Des reliques de Saint Conogan furent vénérées dans la cathédrale de Quimper puis mentionnées à Montreuil-sur-mer( avec bien d’autres comme on le sait).La paroisse de Beuzit en conservait une partie, honorées lors d’ une procession très suivie, qui faisait le tourde la paroisse, le troisième dimanche de mai. Le prieuré de Beuzit apparaît en 1330 dans le "Pouillé de la province de Tours " . Il dépendait de l’abbaye de Saint-Mathieu. Il semble bien avoir appartenu plus anciennement à l’abbaye de Landévennec.En effet, la charte 41 mentionne des revenus " De tribu Live Bussit ". Les limites, dont la charte fait état, sont celles de la paroisse, assez étendue, de Beuzit -Conogan jusqu’à la Révolution . Selon ce document, Saint Conogan se serait placé avec son "petit héritage, reçu jadis du roi hildebert (Childebert ) sous la protection de Saint Guénolé. Dom Lobineau présente Conogan comme religieux de Landévennec, qui succède à Corentin à Quimper. Du monastère ou de l’ermitage primitif il ne reste rien, sinon peut-être les fontaines dont l’eau continue à sourdre au flanc de la colline. Nous avons pu voir l’une d’entr’elles grâce à l’amabilité du propriétaire actuel de Kerloret. On chercherait logiquement un presbytère ou l’ ancien prieuré à proximité de l’église et non près de Kerlaran où il est mentionné au cadastre. Voici comment J Bazin décrit l’église de Beuzit :

Bâtie sur la vieille terre sanctifiée par Saint Conogan, il n’en reste plus que l’élégant clocher et quelques pans de mur d’une chapelle réduite qui avait succédé à la nef de l’église.

Le clocher à double galerie date de 1591. Sa base est plus ancienne . Le portail accosté de deux colonnes à chapiteaux ioniques de style composite du modèle de ceux de l’ossuaire de Pencran, est surmonté d’un écusson aux armes alliées d’Hervé de Parcevaux, seigneur de Mézarnou, de la Grande Palueet de sa femme Renée de Coetlogon.

Le magnifique tombeau de Troïlus de Montdragon s’y trouvait autrefois... Comme on peut s’en rendre compte, bien des remaniement et reconstructions ont modifié l’aspect de du prieuré d’avant 1330. Les alentours de l’église sont aujourd’hui lotis et bâtis. Seule l’imagination peut nous restituer l’ermitage puis monastère de Saint Conogan, que nous quittons avec, une fois encore, le sentiment du gâchis qu’entraîne la méconnaissance de l’histoire d’un lieu.

Landerneau

Si l’on veut connaître cette ville il faut lire les ouvrages de Jehan Bazin qui s’est intéressé à tous les aspects de l’ histoire locale. Après notre pique-nique à l’ombre des grands arbres de l’enclos de Saint-Houardon, nous le porche de l’église.En l’absence de M. l’abbé Castel, retenu par un décès dans sa famille, Mme Daniélou veut bien nous transmettre ce que disent les bons auteurs de ce chef-d’œuvre. C’est un des plus beaux exemplaires des porches Renaissance construits dans la région de 1570 à 1655.Celui de St Houardon date de 1604. La première mention de Landerneau date de 1206 et se trouve au bas de l’acte d’Hervé de Léon qui concerne l’abbaye de Saint-Mathieu et la réception de la relique du saint Apôtre . L’acte est signé à Landerneau ...cela veut-il dire à la Roche-Maurice, demeure habituelle des Vicomtes de Léon- branche cadette, ou dans la ville elle-même ? C’est difficile à dire. L’église Saint Julien que l’on voit sur la gravure ci-dessous, devint trève de Ploudiry ( avec fonts baptismaux en 1619) Elle restait chapelle des Princes de Léon écrit J. Bazin qui ajoute que Saint Julien aurait été précédé d’un oratoire dédié à ce Saint, près d’un gué de l’Elorn...

L’hôpital de 1336, mis sous la protection de Saint Georges et de Saint Julien, fut fondé par Hervé VI vicomte de Léon (acte conservé par une copie de Dom Maurice).

Il était placé à la tête du pont (côté Cornouaille)et fut gravement endommagé au cours de la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364). Le pape Grégoire XI accorda des indulgences en 1371 et 1372 "à ceux qui contribueront à la réparation de l’hopital Saint-Julien, en tête de pont de Landerneau fréquenté par un grand concours de pèlerins se rendant soit à Saint-Michel, soit à Saint-Mathieu- de Fine-Terre ?"(tiré des Actes du Saint-Siège ).

Nous voici en pays connu ...Retenons que sur le pont et peut-être avant sur le gué passèrent de nombreux pèlerins en route vers Saint-Mathieu. Avant de quitter Landerneau Madame Eon nous suggère de visiter la très intéressante exposition sur l’histoire de la ville. Elle rappelle, entre autre choses, la florissante industrie du lin et le commerce maritime de la ville.

La Roche-Maurice

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La Roche Maurice

Nous montons à l’assaut des ruines, bien aménagées, de la forteresse. La vue sur la vallée de l’Elorn est superbe. On comprend le choix de ce site stratégique appelé primitivement la Roche-Morvan. Ce Il défendait, avec Joyeuse Garde la lisière sud du comté de Léon et fut mêlé à bien des épisodes de notre histoire locale.

Lanneufret

Une très belle petite église, fraîchement rajeunie, entourée de son cimetière. Au-dessus du porche de l’église la statue du saint protecteur accueille les visiteurs. Gwevret remonte au vieux breton Uui-brit, auquel on a substitué Guévroc comme patron de la paroisse, écrit B Tanguy ( dans Dictionnaire des communes...) Une autre statue ancienne se trouve dans la niche de la fontaine, en contre-bas de l’église, près du chemin menant actuellement au Prioly ( pour prioldi : prieuré ) Une troisième statue, placée sur le calvaire du cimetière, représente le saint en moine bénédictin, ce qui évoque une période bien plus tardive. Dans l’église, plusieurs statues de pierre polychromées retiennent l’attention : un St Augustinau visage de feu, une Ste Anne faisant lire la Saint Vierge, armoriée d’un cormoran, blason des Kermanac’h dit la notice de la paroisse que nous a aimablement remise la propriétaire de Keramanac’h. De cettemaison noble, reconstruite vers 1900, on n’a conservé qu’une belle porte gothique Le nom lui-même rappelle une présence ou du moins une dépendance monastique.

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Eglise de Lanneufret

La charte XXXVIII du cartulaire de Landévennec mentionne des terres dans cette localité : De tribu Lan Uuivrett ( Lanneufret) XII villas : Laedti superior, Laedti inferior, Caer Guigualtuc, Caer Menedech, Rodoed Carn etc...( L’abbaye de Landévennec, P.Marc Simon p:19 Lanneufret (comme Lanvenec en Lanrivoaré, autre sous-prieuré ) partagea le sort de Beuzit-Conogan, rattaché à Saint-Mathieu, sans doute par la volonté des vicomtes de Léon, dit B Tanguy, dans son Dictionnaire des communes, p:104. A moins que ce ne soit par un accord entre les moines. Dans le vallon ombragé, au pied de la bourgade et du village de Keramanac’h, non loin du moulin, du même nom, désormais enfoui dans la broussaille s’achève cette visite de quelques unes des dépendances de l’abbaye. Au retour plusieurs d’entre nous font une halte à Kerbénéat, où nous arrivons tout juste pour entendre la prière finale des vêpres. Ainsi, sur le territoire de Lanneufret, prenant le relais des moines partis relever Landévennec, la communauté des Bénédictines du Calvaire perpétue la prière monastique.